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Qui suis-je ?

Leïla Shahshahani. Journaliste indépendante basée à Grenoble, avec un fort penchant pour la montagne politiquement et socialement engagée. Je passe mon tour pour l'engagement technique.

Samedi 28 novembre, l'événement "10 heures pour la Palestine" organisé par le Collectif isérois pour la Palestine, a fait salle comble au centre œcuménique Saint-Marc à Grenoble.

A cette occasion, on a pu découvrir le très bon film de Mohammed Alatar "Jerusalem East side story", ou l'histoire de la politique de conquête de Jérusalem (et par extension de la Palestine) menée par Israël depuis 1948, et de manière encore plus systématique après la guerre des Six jours de 1967. Les scènes d'expulsions et de démolitions des maisons palestiniennes, accompagnées de nombreux témoignages, sont particulièrement poignantes. On y apprend que selon les chiffres de l'Israeli committee against house demolitions (ICAHD), 40% des maisons palestiniennes de Jérusalem sont en attente de démolition. Le rêve du Grand Jérusalem caressé par les élites israéliennes prend forme grâce à leur politique du fait accompli. Dans la vieille ville de Jérusalem, les Israéliens ne peuvent implanter des colonies, faute d'espace. Le "jeu" consiste donc à s'emparer de logements arabes les uns après les autres, la conquête étant immédiatement signifiée par un drapeau israélien flottant sur le toit du bâtiment.
Le réalisateur donne aussi la parole à des Israéliens engagés contre la politique colonialiste de leur Etat (comme ceux de l'ICAHD ou Btselem, the Israeli information center for human rights in the occupied territories), donnant encore davantage de poids à l'argumentation. Sont aussi abordées les autres formes d'humiliation imposées au peuple palestinien : les interdictions de regroupement familial entre des familles vivant à Jérusalem et dans d'autres villes des teritoires occupés ; la confiscation des terres par le mur et les checkpoints qui coupent les villageois de leurs cultures.
Mohammed Alatar en vient au nœud du problème pour Israël : le déséquilibre démographique entre une population arabe grandissante et une population juive sur le déclin. En conclusion, le film évoque la spirale de violence, à laquelle seul l'arrêt de la colonisation illégale pourra mettre un terme.

Le journaliste et écrivain grenoblois Jean-Michel Asselin a présenté son ouvrage Gaza ? Gaza !, tiré d'une visite à Gaza en janvier 2009 avec l'ONG Help Doctors. Double recueil de textes et de photos, le livre présente les témoignages des Palestiniens victimes des bombardements israéliens lors de l'opération "plomb durci" lancée fin 2008.  Trois d'entre eux, d'une violence inouïe, ont été lus à l'assemblée. L'ouvrage sera prochainement traduit en hébreux et en arabe.

La journée s'est terminée avec l'intervention de l'historien israélien Ilan Pappe, venu présenter la politique menée par son pays depuis 1948. Comme tout Israélien, il a accompli son service militaire. Dans les années 80, il rédige un mémoire sur l'exode des Palestiniens en 1948. A l'aide d'archives, il commence à revisiter les thèses et les "mythes" officiels d'israël.
Avec l'ouverture des archives militaires au début des années 2000, Ilan Pappe découvre que son pays a planifié l'expulsion systématique des Palestiniens, bien au-delà des effets de la guerre elle-même. Il parle alors de la politique de "nettoyage ethnique" conduite par Israël, et dénonce le silence de la communauté internationale, alors soucieuse d'enterrer tout sujet pouvant faire ressurgir sur la scène politique le sort des Juifs d'Europe pendant la seconde guerre mondiale. "J'étais en train d'accuser ma propre société d'avoir commis un crime considéré comme un crime contre de l'humanité", raconte Ilan Pappe. Sans surprise, cette prise de position lui vaut d'être exclu des milieux universitaires israéliens.
Depuis 1967 et la Guerre des Six jours, Israël a changé de tactique : le nettoyage ethnique, trop visible, a laiss place à des méthodes plus sophistiquées : l'annexion progressive du territoire par l'encerclement et l'étranglement des populations palestiniennes, dans le but de les faire quitter le pays. Tout en parlant de "processus de paix". Les élites politiques occidentales refusent toujours de prendre partie contre Israël, pour des raisons à la fois économiques, stratégiques et historiques. "Même le récent massacre de Gaza ne les a pas fait bouger", constate Ilan Pappe. Ses espoirs résident aujourd'hui sur la prise de conscience de l'opinion publique, et sur le développement de la campagne de boycott (mouvement BDS) lancée contre Israël pour l'obliger à respecter les droits humains et civils les plus fondamentaux. "Israël ne sera jamais un pays démocratique tant qu'elle poursuivra sa politique de nettoyage ethnique", conclut Ilan Pappe, appelant chacun d'entre nous à devenir un VIP : "Visiter, informer, protester".

Après la visite de différents stands (AFPS, artisanat...), la soirée s'est terminée avec un repas/musique palestiniens.
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