Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Qui suis-je ?

Leïla Shahshahani. Journaliste indépendante basée à Grenoble, avec un fort penchant pour la montagne politiquement et socialement engagée. Je passe mon tour pour l'engagement technique.

Publié par Leïla Shahshahani

Pour voir les photos, cliquez sur l'image "Palestine Noël 2010" dans la rubrique "Photos Diaporama" (colonne de gauche)

22 décembre

 

Pour rencontrer nos hôtes palestiniens, organisateurs du programme de la semaine, nous avons dû passer de l'autre côté du mur, en Cisjordanie, beaucoup d'entre eux étant interdits d'entrer à Jérusalem. Dans une salle de l'auberge de jeunesse (YMCA) de Beit Sahour, un petit village proche de Bethléem, ils nous ont présenté les grandes lignes du programme des jours à venir. Les militants de l'organisation Chrétiens bâtisseurs de paix (Christian peacemaker teams), de diverses nationalités, étaient là aussi, pour nous parler de leur travail sur place. Leur objectif est de soutenir les Palestiniens dans leur combat pacifique et de faire connaître ce combat dans leur pays d'origine respectifs. Ils présentent les consignes du « manuel du militant non-violent », que beaucoup d'entre nous commencent à connaître un peu. L'essentiel est de garder en tête que nous sommes là pour les Palestiniens, et que nous devons agir en fonction de ce qu'ils estiment utile. Se rappeler aussi que le seul risque que nous courrons, en tant qu'atrangers, c'est l'expulsion avec interdiction de retour sur le territoire (au pire une brève arrestation). Eux (et leurs familles) risquent un emprisonnement à durée indéterminée, et un harcèlement quotidien de la part de la police, que la plupart, déjà connus des services de « sécurité » israéliens, subissent déjà au quotidien. Pour autant, nous sommes là pour manifester notre mécontentement et condamner la politique d'Israël, c'est aussi ce qu'attendant de nous les Palestiniens. Difficile de trouver le juste équilibre.

Le retour à Jérusalem fut plus compliqué que la sortie matinale. Sur les deux bus, l'un d'entre eux, dans lequel nous nous trouvions, a été arrêté au checkpoint. Le règne de l'arbitraire. Nous avons dû en descendre et traverser le poste à pied, en franchissant ces sordides tourniquets avec d'autres Palestiniens, dont c'est le sort quotidien. Le tout a duré environ une heure. Et toujours cette même sensation d'être une vulgaire pièce de bétail...

 

En début d'après-midi, nous avons été accueillis dans la cour extérieure du siège de la Croix Rouge de Jérusalem. Là, nous avons rencontré des parlementaires palestiniens élus lors des élections législatives de 2006, reconnues transparentes et démocratiques par tous les observateurs internationaux. Ils sont réfugiés ici, sous l'égide de la Croix Rouge, depuis 175 jours, menacés d'expulsion par Israël pour avoir manqué de loyauté envers l'Etat hébreux. Ces hommes-là, bien qu'élus dans leur municipalité de Jérusalem est, ont été emprisonnés à la suite des élections, pendant trois ans et demie. Le même sort à été réservé à 45 députés et 20 membres du gouvernement palestinien. Raison réelle de leur mise au ban : leur appartenance au parti « changement et réforme », rattaché au Hamas, pourtant entré dans le jeu politique institutionnel depuis 2006. Pour la Croix Rouge, qui leur fourni des chambres, la situation est inédite, d'autant plus que la neutralité fait partie des principes fondamentaux de cette institution. Les trois hommes se sont réfugiés ici un mois après l'assaut meurtrier d'Israël sur la flottille humanitaire en route pour Gaza. « L'armée israélienne pourrait venir nous arrêter ici, mais après le drame de la flottille, elle se passerait sans doujte volontiers d'un autre scandale », explique Muhammad M. Abu Tier, l'un des parlementaires. « Notre seul ennemi est l'occupation, en aucun cas les autres religions, avec lesquelles nous pouvons cohabiter », ajoute-t-il. « le Président de l'autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a dit qu'il ferait son possible pour éviter notre déportation, mais pour le moment, les choses n'ont guère évolué », conclut-il.

  hamas.jpg

Nous nous rendons ensuite dans le quartier arabe de Sheikh Jarrah où, comme à Silwan, les expulsions de maisons vont bon train, au profit des colons juifs. Nous rencontrons une famille forcée de vivre dans un bâtiment inachevé, totalement délabré, dans des conditions déplorables. 33 familles vivent ici dans les mêmes conditions. Leurs maisons d'origine, autrefois située à l'intérieur des frontières de Jérusalem, a été classée en dehors de la zone de la municipalité. En y restant, les membres de ces familles auraient perdu leur carte de résident de Jérusalem (la fameuse « blue card ») et donc, le droit de pouvoir y travailler.

 

Nous concluons la journée devant la célèbre porte de Damas, une des entrées de la vieille ville, où nos hôtes palestiniens souhaitaient organiser un rassemblement aux chandelles. Seul problème : en l'absence de tout drapeau ou slogan, notre présence pouvait paraître quelque peu incongrue... Une partie du groupe, soucieux de faire passer le message, a entonné une série de slogans, « Free palestine » etc. Ce qui nous valut le débarquement de policiers et l'interdiction de nous rendre dans la vieille ville où nous étions attendus au « centre africain » pour un spectacle de danses traditionnelles. En catimini, se fondant dans la masse des touristes, une dizaine de personnes du groupe ont réussi à s'y rendre.

 

Ce soir, nous apprenons l'arrestation de Mazin Qumsiyeh, responsable du YMCA où nous nous étions réunis le matin même à Beit Sahour. Nous apprendrons par la suite que sept autres Palestiniens ont été arrêtés avec lui, tous leaders du mouvement de la résistance populaire non-violente, notamment dans le village de Al Walaja. Ils ont été libérés le lendemain. (Voir les images de l'arrestation et la vidéo de Mazin).

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Magali 26/12/2010 12:04


la situation de ces élus du Hamas protégés par la Croix Rouge sur leur territoire annexé est hallucinante ! bon courage les amis !