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Qui suis-je ?

Leïla Shahshahani. Journaliste indépendante basée à Grenoble, avec un fort penchant pour la montagne politiquement et socialement engagée. Je passe mon tour pour l'engagement technique.

Publié par Leïla Shahshahani

18 décembre

L'espace d'un instant, nous avons cru franchir la douane de l'aéroport Ben Gourion de Tel Aviv comme de bons touristes. Nous avions tout misé sur le profil « bien sous tous rapports » de Jean-Christophe (Jisse), qui présenta son passeport le premier, pour tenter d'apaiser les soupçons. C'était sans compter sur les craintes qu'éveillent chaque fois mon nom iranien, et mon prénom arabe ! Et rebelote, même scénario qu'à l'été 2009 où j'avais attendu et été interrogée pendant 3 heures par une bonne demi-douzaine de policiers. Attente dans une petite salle avec d'autres passagers « louches » et confiscation des passeports. Surprise, cette fois-ci l'interrogatoire fut réservé à Jisse, et a été plutôt musclé, avec une petite dose de moqueries en tous genres. Heureusement, son alibi était au point : un voyage ornithologique en Israël, jumelles, appareil photo et documents à l'appui. J'ai bien cru que nous ne passerions pas, persuadée que pendant ce laps de temps les douaniers auraient tapé mon nom sur « google » et découvert tout un tas de liens sur la Palestine. Quelle surprise quand, après plus de 2 heures, on nous a finalement rendus nos passeports, tamponnés du visa. Pas si au point que ça les douanes israéliennes ! Ou serait-ce une technique pour mieux nous pister ? Pour être plus crédibles, nous avions réservé une nuit d'auberge de jeunesse à Tel Aviv, comme font les vrais touristes routards qui débarquent, plutôt que filer directement vers Jérusalem, à une heure de route.

 

Jaffa-copie-1.JPG                                                                Les plages de Tel Aviv vues du vieux port de Jaffa


19 décembre

Nous avons profité de la journée du lendemain pour visiter le quartier du port de Jaffa, dont la grande majorité des Arabes ont été chassés en 1948. Aujourd'hui, le bord de mer est devenu branché et touristique. Un peu plus loin, à quelques blocs de notre auberge, le front de mer est envahi de grands hôtels de luxe : Carlton, Sheraton, ils y sont tous. Les surfeurs cherchent le bonne vague et les joggeurs arpentent la plage. Il souffle comme un air de liberté. Il serait si simple d'oublier qu'à quelques dizaines de kilomètres à l'est, un mur enferme les Palestiniens de Cisjordanie et qu'un peu plus au sud, à Gaza, on vit dans une prison à ciel ouvert. Tout semble si normal. Impossible ici de boycotter les produits israéliens, et nous dérogeons à la règle à contre-cœur. Dans l'auberge de jeunesse, une carte de la région est accrochée au mur de l'entrée. Les territoires palestiniens sont gommés, et Israël englobe la totalité du territoire jusqu'au Jourdain ; Gaza fait aussi partie d'Israël. Envolées les frontières de 1967 censées définir les pourtours du futur Etat palestinien, pourtant déjà bien morcelé. Le soir, nous rejoignons Jérusalem en bus. Je retrouve avec un bonheur intense l'atmosphère mystique des ruelles sombres de la vielle ville endormie et la terrasse de la pension Hébron. C'est ici que se croisent la plupart des visiteurs en partance ou de retour de Cisjordanie.

Jerusalem

                                                          Les ruelles de la vielle Jerusalem de nuit

 


20 décembre

Sur le toit de la pension, nous rencontrons Mick et Sofia, deux Ecossais engagés pour la cause palestinienne. En tout, ils sont une dizaine d'Ecossais à avoir fait le voyage. Comme nous, ils ont répondu à l'appel de plusieurs organisations et associations palestiniennes de venir fêter Noël de façon solidaire, en affichant publiquement notre soutien à leur combat pacifique contre l'occupation, pendant la semaine du 22 au 27 décembre. En Ecosse, Mick Napier est l'un des leaders du mouvement de défense des droits des Palestiniens. Il a comparu devant les tribunaux, accusé d'anti-sémistisme pour avoir osé critiquer la politique de l'état d'Israël en perturbant une pièce de théâtre donnée par une compagnie israélienne pendant le festival d'Edimbourg. Toutes les charges retenues contre lui ont été jugées irrecevables. En attendant de retrouver le reste du groupe demain soir , nous profitons de la journée pour arpenter la vielle ville, toujours aussi fascinante, envahie de pèlerins venus du monde entier visiter ses lieux saints : le Saint-Sépulcre, le mur des Lamentations... Lors d'une balade sur les toits de la ville, nous découvrons avec stupeur que des groupes de jeunes touristes juifs américains sont escortés d'un garde en civil armé d'un grand fusil. Je questionne l'un deux : « Pourquoi portez-vous cette arme ? ». « C'est pour nous défendre des Arabes qui pourraient nous attaquer », me répond-il. La propagande a bien fait son travail : tout Arabe est un terroriste potentiel. Quel contraste avec notre ressenti : partout, les Palestiniens nous réservent un accueil chaleureux. Quelques rues plus loin, dans le quartier « juif » de la vieille ville, au contraire, nous sentons un climat plus austère et pesant. Ce soir, nous avons goûté de sublimes pizzas au feu de bois dans un boui-boui palestinien. Nous avons discuté avec un client, lui aussi Palestinien. Après quelques échanges, nous l'avons interrogé pour connaître son sentiment sur le conflit. « Etes-vous optimiste ? » lui ai-je demandé. « Honnêtement ?... Non. Je l'étais au début des années 90, mais maintenant, avec le gouvernement en place, je n'y crois plus », raconte-t-il. « Avant, les Juifs venaient aussi manger des pizzas ici, maintenant on ne les voit plus », nous dit-il avec regret.

Juifs jerusalem

                                                Mirador de surveillance à l'entrée d'un secteur juif de la vieille ville

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