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Qui suis-je ?

Leïla Shahshahani. Journaliste indépendante basée à Grenoble, avec un fort penchant pour la montagne politiquement et socialement engagée. Je passe mon tour pour l'engagement technique.

Publié par Leïla Shahshahani

Dimanche, sur le tarmac de l'aéroport de Nice, une hôtesse d'Air France questionnait une passagère française à bord de l'appareil en partance pour Tel Aviv. L'hôtesse, pendue au téléphone, relayait les questions de son interlocuteur israélien : "Avez-vous un passeport israélien ?". "Non", a répondu la passagère. "Etes-vous juive ?". "Non" a de nouveau répondu l'interrogée. L'hôtesse a rapporté les réponses à son interlocuteur. Peu après, la passagère (une participante de la mission qui ne figurait pas sur une liste noire) était débarquée de son avion. Elle avait le tort de se prénommer Horia. Il faudrait donc désormais être juif ou Israélien pour se rendre à Tel Aviv par un vol d'Air France ? Ceci n'est pas une légende. Horia a eu la présence d'esprit, avant de descendre de l'avion, d'insister pour obtenir une attestation de non-embarquement résumant le déroulé des faits et signée par l'hôtesse. C'est écrit, signé, et c'est ici.
Il paraît que nos dirigeants se soucient du devoir de mémoire, qu'il faut lire aux lycéens la lettre d'adieu du jeune résistant communiste Guy Môquet exécuté, pour se souvenir. A quoi bon ce devoir de mémoire s'il ne peut se conjuguer au présent ? N'oublions pas que les résistants aujourd'hui applaudis furent autrefois qualifiés de "terroristes" par l'occupant et le régime de collaboration.

Pour ma part, cela fait trois fois qu'Israël me refuse l'entrée sur son territoire : deux fois dans le cadre de "Bienvenue en Palestine" où je suis refoulée avant même d'embarquer par les compagnies aériennes à qui j'ai acheté mon billet. Une autre fois dans le cadre de mon métier de journaliste, avant d'acheter mon billet, quand le Ministère de l'intérieur israélien me fait savoir, via son "rapporteur" au consulat de France à Tel Aviv, que je ne serai pas autorisée à franchir la douane pour venir honorer mes rendez-vous avec des journalistes israéliens puisque mon nom figure sur une liste noire. De tout cela, bien sûr, je n'ai aucune trace écrite, invoquant un quelconque motif ou même une date de "péremption" de la liste, puisqu'Israël refuse d'en fournir. L'état qui se prétend "l'unique démocratie du Moyen-Orient" aurait-il du mal à formuler noir sur blanc qu'avec des milliers d'autres personnes, je suis  interdite d'entrée ou de transiter sur son sol en raison de mes opinions politiques ? Ca pourrait faire mauvais effet.

Avec une quarantaine de "blacklistés" de juillet dernier, nous avons tenté notre chance cette année en passant par la Turquie. Nous espérions que ce pays, étant donné ses prises de position à l'égard d'Israël - notamment depuis l'assaut israélien sur la flottille de Gaza en mai 2010 qui avait causé la mort de neuf turcs - serait moins enclin à se soumettre aux ordres de l'état hébreux. Nous nous sommes trompés. Il faut croire que le pouvoir d'Israël est tentaculaire, pour que ses consignes discriminatoires soient à ce point appliquées par tous les pays concernés, en dépit du droit international. La compagnie Turkish Airlines, qui devait nous affréter jusqu'à Tel Aviv, nous a non seulement refusés à bord mais a fait preuve d'un zèle particulier à notre encontre. Il a fallu que nous protestions vigoureusement, que nous bloquions les comptoirs d'enregistrement, que nous forcions le passage des douanes en un acte non violent de désobéissance civile (qui nous a valu une évacuation violente lors de laquelle j'ai découvert les "joies" de la technique de la "clé de bras" mise en pratique par un policier, et l'arrestation temporaire d'une vingtaine de personnes), pour que la compagnie aérienne turque accède à nos revendications les plus élémentaires : nous fournir un certificat de refus d'embarquement (seule preuve que nous avons été refoulés), nous rembourser notre vol Istanbul-Tel Aviv-Istanbul non honoré et garantir un retour à Paris pris en charge pour les personnes ne souhaitant pas s'éterniser en Turquie, dont je faisais partie : impossible d'envisager dans l'immédiat une semaine de vacances dans un pays qui venait de me traiter de la sorte.
Pour finir, le soir, alors que nous avions tenu notre engagement de cesser notre mobilisation, et que Turkish Airlines avait accepté de nous donner à manger (nous étions pour la plupart quasi à jeun depuis le matin), nous avons été "escortés" dans une salle isolée loin du regard du public, sous l'étage des départs, où nous avons été parqués, avec impossibilité d'en sortir. Il a fallu aboyer longtemps (au sens propre, seule technique pour se faire entendre) pour qu'on daigne nous apporter un sandwich et une canette de coca. Et les fumeurs ont été sommés de fumer dans la salle, avec des enfants et des gens qui ne supportent pas bien l'odeur de la cigarette.

Bien que tout cela soit évidemment pitoyable, l'absurdité de la situation, combinée à la fatigue, a provoqué de mémorables rigolades et des moments très forts de solidarité. L'action collective redonne la force d'y croire et la volonté de poursuivre la mobilisation.

Je veux enfin dire que j'en ai un peu marre d'être constamment étiquetée, par les médias notamment, de "pro-palestinienne". Comme tous les militants que je rencontre, je me sens concernée par le respect des droits des hommes et de leur dignité, et suis consternée par leurs violations permanentes. C'est de valeur universelle qu'il s'agit, en Palestine comme en France, comme ailleurs. Parmi les personnes qui militent pour le respect des droits du peuple palestinien, nombreux sont ceux qui se battent aussi sur d'autres fronts (logement, sans-papiers etc.). Il est malheureusement difficile d'être partout à la fois, tant les causes à défendre sont nombreuses.

Note : beaucoup d'autres informations sont disponibles sur le site de Bienvenue en Palestine

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