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Qui suis-je ?

Leïla Shahshahani. Journaliste indépendante basée à Grenoble, avec un fort penchant pour la montagne politiquement et socialement engagée. Je passe mon tour pour l'engagement technique.

Publié par Leïla Shahshahani

Le petit village de Riglos de Mallos, situé en Aragon dans les Pyrénées espagnoles, a rendu hommage à la Palestine à l’occasion de la « Semana Santa », du 1er au 4 avril 2010. Plusieurs grands noms de l’escalade pyrénéenne se sont associés à l’événement, tendant de larges banderoles « Palestine Libre » et « Gaza Libertad » sur les rochers mythiques de Riglos.

Niché au pied de falaises rouges de 300 mètres de haut, Riglos compte 40 habitants à l’année. Le site est particulièrement connu des grimpeurs du monde entier pour ses grandes voies d’escalade. Les premières voies y sont ouvertes dans les années 50. Des grands noms du Pyrénéisme, comme Christian Ravier, ont œuvré ici à la fin des années 80, ouvrant des itinéraires particulièrement difficiles sur ces hautes parois déversantes.

 

Roger Roussel, Toulousain d’origine installé à Paris où il exerçait comme professeur de physique, est un ancien grimpeur-voyageur. Tombé amoureux de Riglos au début des années 70, il y achète rapidement une maison où il passe maintenant une partie de l’année. Tous les ans, lors de la « Semana Santa », il expose des photos de ses pérégrinations sur les montagnes de France et du monde (Mont-Blanc, Yosemite, Patagonie, Jordanie…). Cette année, il a décidé d’ajouter une dimension métaphorique à l‘exposition, juxtaposant au côté de ses photos de parois (« Paredes ») des photos du mur qui enferme les Palestiniens à l‘intérieur de leur propre territoire. Il y a mur et mur, d’où le nom de l’exposition cette année « Paredes y paredes ». L’un symbolisant la liberté de l’alpiniste, l’autre l’enfermement d’une population. Les photos ont été fournies par Asecop, une association espagnole de soutien à la Palestine, partenaire de l’événement. Pour Roger,  le conflit israélo-palestinien, entretenu par la velléités colonisatrices d’Israël, porte en lui les germes d'un potentiel conflit mondial. Il s’est lui-même rendu dans la région il y a une quinzaine d’années.


Pendant quatre jours, le petit village a vécu au rythme des événements organisés par Roger, à l’initiative de ce projet : projections de films sur la Palestine (« Les Citronniers », « Le sel de la mer ») dans le refuge de Riglos, vente de produits locaux dont les bénéfices sont reversés à des associations se soutien à la Palestine, concert de jazz manouche, exposition photos…

Roger a obtenu l’accord du Maire et de l’association des habitants et amis de Riglos pour réaliser son projet. La population très vieillissante du village observe l’événement d’un œil distant. La propriétaire de l’unique boutique de Riglos, une Française marié à un éleveur du coin, raconte qu’elle ne souhaitait pas s’impliquer dans le projet mais qu’elle n’est pas contre non plus: « Quand on voit les informations, encore récemment, sur les bombardements à Gaza, on se dit qu’il a eu raison de prendre cette initiative ». Roger aurait aimé que les habitants de Riglos s'approprient son projet et regrette leur peu d'implication. Les amis pyrénéens de Roger sont en revanche venus en force le soutenir dans son action, notamment de nombreux grimpeurs français parmi lesquels Christian Ravier, Vincent Séger et Rémi Thivel, tous trois guides de haute montagne, ainsi que Bernard Garces du Club alpin de Pau. Ils ont hissé le drapeau palestinien et fixé de larges banderoles ("Gaza libertad" et "Palestina Libre") sur les falaises de Riglos. Le dernier jour, un olivier, symbole de la Palestine détruit par Israël, a été planté dans le village.

 

Paula, la cousine de Roger, a tenu le stand des produits locaux durant ces quatre jours. Aujourd’hui retraitée, elle vit à Paris et s’implique avec énergie dans les actions pour la Palestine. Je la retrouve ici par le plus grand des hasards, après une première rencontre en décembre dernier au Caire lors de la Marche pour la liberté de Gaza. A Riglos, elle répond aux questions de visiteurs curieux découvrant au hasard d’une virée au village l’initiative de Roger. Car ce projet, aussi original soit-il pour un petit village du fin fond de l’Aragon, n’a pas fait l’objet d’une communication auprès des médias locaux. C’est peut-être le seul regret de Roger, qui n’a pas ménagé son énergie pour mener à bien cette initiative de solidarité.

 

Bernard et Manuel au sommet du Fire

Banderole

L'église et la banderole

Les amandes de Riglos

Plantation de l'olivier

 

D'autres images sont disponibles dans la galerie de photos du blog

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