Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Qui suis-je ?

Leïla Shahshahani. Journaliste indépendante basée à Grenoble, avec un fort penchant pour la montagne politiquement et socialement engagée. Je passe mon tour pour l'engagement technique.

Publié par Leïla Shahshahani

L'audience aura duré presque 10 heures. Vendredi 17 juin, la Présidente de l'association CAPJPO-Europalestine, Olivia Zémor, était convoquée devant la 17ème chambre correctionnelle du Tribunal de Paris. Motif : avoir publié sur le site internet de l'association une vidéo montrant une opération de boycott des produits israéliens dans le magasin Carrefour d'Evry, dans la région parisienne. Une opération menée dans le cadre de la campagne internationale "Boycott, Désinvestissement, Sanctions" et dont la vidéo sur Youtube a été largement diffusée sur internet, notamment sur ce blog en septembre 2010.

Olivia Zémor est poursuivie pour "délit de provocation à la discrimination, la haine ou la violence envers un groupe de personnes à raison de leur appartenance à la nation israélienne". Les poursuites ont été engagées par le pouvoir politique français, via l'ex ministre Michèle Alliot-Marie, sur pression des lobbys israéliens représentant la partie civile (Association France-Israël, Chambre de commerce France-Israël, Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme, association Avocat Sans frontières).

 

Etrangeté. Aucun des représentants des autres associations ayant participé à cette action (Génération Palestine, CCIPPP, NPA...) n'ont été appelé à comparaître, bien que l'ayant souvent elles aussi relayé sur leurs sites internet. L'inculpée Olivia Zemor ne participait pas à cette opération, toute occupée, avec d'autres membres de son association, à remettre en état la librairie "Résistances", saccagée quelques jours plus tôt par des membres de la Ligue de Défense Juive. Pourtant, Olivia Zémor était seule à la barre pour répondre aux accusations de la partie civile. Une tête à faire tomber, pour l'exemple.

 

Autre bizarrerie. Le groupe Carrefour, dans sa charte, dit explicitement qu'il s'est engagé à "n'entretenir aucune relation commerciale avec la Birmanie", ce depuis 1997. Pourtant, le groupe n'a pas fait l'objet de poursuites judiciaires. Sans parler d'Alliot-Marie qui elle-même appelait au boycott du Mexique.

 

Représentée par ses quatre avocats uniquement, la partie civile a paru bien maigre face à la défense, assurée par trois avocats, dont maitre Antoine Comte, mais aussi par l'accusée elle-même et neuf témoins venus témoigner à la barre en sa faveur. Parmi eux, Hajo Meyer (un rescapé d'Auschwitz de 86 ans), la sénatrice Alima Boumédiene-Thiery, Eric Hazan des éditions La Fabrique ou encore Alain Krivine, ancien député européen et membre fondateur de la LCR.

 

La salle d'audience était pleine, occupée en grande partie par les nombreux militants venus apporter leur soutien à la Présidente de CAPJPO-Europalestine. Beaucoup n'ont pas pu entrer dans la salle.

 

Lors de l'audition des témoins, l'avocat de la partie civile maître Goldnadel a fait preuve d'une insistance caricaturale pour tenter de démontrer que l'engagement de chacun d'entre eux était motivé par la seule haine d'Israël, évoquant au passage tous les autres peuples opprimés de la planète. Quand on sait que parmi les personnes venues témoigner à la barre, beaucoup sont d'ardents défenseurs des droits de l'homme ici ou ailleurs et de longue date, la vaine tentative de la partie civile a tourné au burlesque. "Et vous sacrifiez tous les autres peuples opprimés pour la cause du peuple palestinien ?" a lancé maître Goldnadel à Monseigneur Jacques Gaillot, l'un des témoins appelé à la barre. "Quand on est quelque part, on vous reproche toujours de ne pas être ailleurs", a simplement répondu l'intéressé.

 

On retiendra surtout la position de la Procureure qui, bien que représentant le Ministère public, n'a pas souhaité prononcer de réquisitoire contre l'accusée, s'en remettant à la décision du Tribunal et refusant ainsi de céder aux pressions d'en haut.

 

Le verdict sera prononcé le 8 juillet, date à laquelle nous nous envolerons par centaines vers la Palestine.

 

Voir un compte-rendu détaillé du procès

 

Voir la vidéo de Bellaciao

 

Voir l'interview des témoins

 

Lire une déclaration d'Olivia Zémor du 12 juin sur le site des Indigènes de la République

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article